Où en est la recherche clinique en France ? Ce que disent les 7 351 essais qui recrutent
Par Anteos Health · 29 juillet 2026
On parle beaucoup de la recherche clinique française, rarement avec des chiffres. Ils existent pourtant : chaque essai autorisé doit être enregistré publiquement avant d'inclure son premier participant. Nous avons téléchargé l'intégralité des essais déclarant au moins un centre en France, et nous les avons comptés.
7 351 essais recrutent actuellement des participants dans au moins un centre français. Voici ce qu'ils disent de l'état de notre recherche — y compris une chose qui n'était pas dans le scénario attendu.
La cancérologie domine, mais moins qu'on ne l'imagine
| Domaine | Essais | Part |
|---|---|---|
| Cancérologie | 1 624 | 22,1 % |
| Neurologie | 1 250 | 17,0 % |
| Cardiovasculaire | 905 | 12,3 % |
| Immunologie | 662 | 9,0 % |
| Pneumologie | 651 | 8,9 % |
| Psychiatrie et santé mentale | 634 | 8,6 % |
| Endocrinologie, nutrition, métabolisme | 623 | 8,5 % |
| Hépato-gastro-entérologie | 610 | 8,3 % |
| Dermatologie | 562 | 7,6 % |
| Maladies héréditaires et néonatales | 540 | 7,3 % |
| Gynécologie-obstétrique | 519 | 7,1 % |
| Hématologie | 517 | 7,0 % |
| Infectiologie | 413 | 5,6 % |
| Urologie-néphrologie | 374 | 5,1 % |
| Rhumatologie | 335 | 4,6 % |
Classification établie à partir des termes MeSH attribués par le registre. Un essai peut relever de plusieurs domaines — un lymphome compte en cancérologie et en hématologie —, les parts ne s'additionnent donc pas à 100 %.
Le cancer reste le premier domaine, sans surprise : c'est celui où les traitements se renouvellent le plus vite et où la recherche académique française est historiquement structurée. Mais un essai sur cinq seulement le concerne. La neurologie occupe la deuxième place avec 1 250 essais — sclérose en plaques, Alzheimer, Parkinson, épilepsie, AVC —, un poids que l'on sous-estime généralement.
À l'échelle des pathologies précises, le classement est plus parlant encore : cancer du sein (88 essais), AVC (69), obésité (49), sclérose en plaques (46), maladie d'Alzheimer (43), insuffisance cardiaque (42), myélome multiple (42).
Trois quarts des essais sont promus par l'hôpital public
C'est le chiffre qui surprend le plus.
| Type de promoteur | Essais | Part |
|---|---|---|
| Hôpitaux, universités, fondations, centres anticancéreux | 5 542 | 75,4 % |
| Industrie | 1 508 | 20,5 % |
| Organismes publics et agences | 194 | 2,6 % |
| Réseaux de recherche | 106 | 1,4 % |
L'image d'une recherche clinique pilotée par les laboratoires ne correspond pas à ce que montrent les registres : l'industrie promeut un essai sur cinq. Les quatre autres sont portés par des CHU, des centres de lutte contre le cancer, des universités ou des fondations.
Les premiers promoteurs de France sont des hôpitaux : l'AP-HP avec 741 essais en recrutement, les Hospices civils de Lyon (350), les CHU de Strasbourg (228), Nantes (173), Amiens (173), Toulouse (167), Montpellier (165), Bordeaux (159), Nice (157).
Du côté industriel, les plus présents sont AstraZeneca (75 essais), Merck Sharp & Dohme (57), Novartis (56), Bristol-Myers Squibb (39), Eli Lilly (38), Janssen (37), Roche (35), AbbVie (33), Sanofi (28) et Pfizer (27).
Cette répartition varie fortement selon les disciplines. L'industrie promeut 38 % des essais d'immunologie et d'hématologie, 34 % en dermatologie, 32 % en cancérologie — mais seulement 7 % en psychiatrie et 14 % en infectiologie. Là où le modèle économique est incertain, c'est l'hôpital public qui porte la recherche, ou personne.
Où se fait la recherche
En nombre d'essais ayant au moins un centre dans la ville :
| Ville | Essais |
|---|---|
| Paris | 2 436 |
| Toulouse | 1 104 |
| Lyon | 1 094 |
| Marseille | 1 008 |
| Lille | 945 |
| Bordeaux | 878 |
| Montpellier | 872 |
| Nantes | 846 |
| Strasbourg | 833 |
| Nice | 702 |
| Rennes | 656 |
| Dijon | 598 |
Paris pèse un tiers du total, mais l'écart avec les grandes métropoles régionales est moins marqué qu'attendu : Toulouse, Lyon et Marseille dépassent chacune le millier d'essais. Villejuif (536) et Bron (395) apparaissent haut dans le classement pour une raison simple — Gustave Roussy et les Hospices civils de Lyon y sont implantés.
Au niveau des établissements, après regroupement des libellés (un même hôpital est déclaré sous une quinzaine d'orthographes différentes), les plus cités sont Gustave Roussy (354 essais), le CHU de Nantes (324), le Centre Léon Bérard à Lyon (268), les CHU de Bordeaux (251), d'Angers (241) et de Lille (240). Suivent les centres de lutte contre le cancer : Paoli-Calmettes à Marseille, Bergonié à Bordeaux, l'Institut Curie, Antoine-Lacassagne à Nice, Oscar-Lambret à Lille.
Une réserve importante sur ce classement : l'AP-HP déclare chacun de ses hôpitaux séparément — Cochin, la Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis… — ce qui la fait disparaître comme établissement unique alors qu'elle est de loin le premier promoteur du pays.
L'essai type n'est pas celui qu'on imagine
Le mot « essai clinique » évoque un nouveau médicament testé contre placebo. C'est une minorité des cas.
- 34,2 % des études sont observationnelles : elles suivent des patients sans rien modifier à leur prise en charge.
- Parmi les études interventionnelles, 39,5 % du total n'ont aucune phase déclarée — ce sont des recherches qui ne portent pas sur un médicament : dispositif, technique chirurgicale, rééducation, organisation des soins, éducation thérapeutique.
- Les essais médicamenteux classiques représentent environ un quart de l'ensemble : phase 3 (11,0 %), phase 2 (7,5 %), phase 1/2 (3,1 %), phase 1 (2,1 %), phase 4 (1,4 %).
L'échelle, elle aussi, est plus modeste que l'image d'Épinal : l'effectif médian visé est de 150 participants, et 36 % des essais en cherchent moins de cent.
Enfin, 57,7 % des essais n'ont qu'un seul centre français. La recherche clinique française est largement une recherche locale, portée par une équipe dans un hôpital. Seuls 845 essais mobilisent dix centres français ou plus.
Cette dimension nationale se retrouve à l'échelle internationale : 77,7 % des essais qui recrutent en France ne se déroulent qu'en France. Le reste — 1 639 essais — participe à des protocoles internationaux comptant en médiane neuf pays, le plus souvent aux côtés de l'Espagne, des États-Unis, de l'Italie, de l'Allemagne et du Royaume-Uni.
Le chiffre qu'on n'attendait pas : le flux de nouveaux essais recule
En comptant cette fois tous les essais enregistrés avec un centre français, quel que soit leur statut aujourd'hui, on obtient le nombre d'études démarrées chaque année :
| Année de démarrage | Essais | Dont COVID-19 |
|---|---|---|
| 2019 | 2 728 | — |
| 2020 | 3 004 | 673 |
| 2021 | 3 112 | 207 |
| 2022 | 2 678 | 64 |
| 2023 | 2 464 | — |
| 2024 | 2 434 | — |
| 2025 | 2 317 | 14 |
On pourrait croire à un simple retour à la normale après la parenthèse COVID. Ce n'est pas le cas : en retirant les essais COVID, le pic de 2021 reste à 2 905 études, contre 2 303 en 2025. Le nombre de nouveaux essais démarrés chaque année en France a reculé d'environ 20 % en quatre ans.
Deux précautions s'imposent. D'abord, ces chiffres portent sur un registre — un essai peut être enregistré avec quelques semaines de décalage, ce qui pénalise légèrement l'année la plus récente. Ensuite, un essai n'est pas une unité de mesure de l'effort de recherche : mille petites études monocentriques ne valent pas cent essais de phase 3. Mais la tendance, elle, est franche et régulière depuis quatre ans.
Ce que cela change en consultation
Pour un médecin, ces chiffres ont une traduction concrète. Un essai sur cinq seulement relève de la cancérologie : il existe des protocoles ouverts en neurologie, en psychiatrie, en dermatologie, en rhumatologie, pour des patients qui n'y penseraient jamais. Un essai sur sept est ouvert aux mineurs (1 016 essais). Et comme 58 % des essais sont monocentriques, la question « existe-t-il un essai pour ce patient ? » est indissociable de « à quelle distance ? ».
C'est exactement ce que nous avons voulu rendre consultable. La page essais cliniques en France d'Anteos Health est publique, gratuite et sans compte : recherche en français, fiche traduite, centres géolocalisés avec la distance depuis un code postal, critères d'inclusion et d'exclusion lisibles, et coordonnées de l'équipe investigatrice.
Combien d'essais cliniques recrutent actuellement en France ?
7 351 essais cliniques déclarent recruter ou s'apprêter à recruter des participants dans au moins un centre français, sur les 42 642 études enregistrées avec un centre en France tous statuts confondus.
Quels sont les domaines de recherche les plus actifs en France ?
La cancérologie arrive en tête avec 22 % des essais en recrutement, devant la neurologie (17 %) et les maladies cardiovasculaires (12 %). Viennent ensuite l'immunologie, la pneumologie, la psychiatrie et l'endocrinologie, chacune autour de 9 %.
Qui finance la recherche clinique en France ?
Les trois quarts des essais qui recrutent sont promus par des acteurs non industriels : hôpitaux universitaires, centres de lutte contre le cancer, universités et fondations. L'industrie pharmaceutique promeut environ 20 % des essais, avec des écarts importants selon les disciplines — 38 % en immunologie, 7 % en psychiatrie.
Quels hôpitaux mènent le plus d'essais cliniques ?
L'AP-HP est le premier promoteur français avec 741 essais en recrutement, devant les Hospices civils de Lyon (350) et les CHU de Strasbourg, Nantes, Amiens, Toulouse et Montpellier. Comme centre investigateur, Gustave Roussy est l'établissement le plus souvent cité, devant le CHU de Nantes et le Centre Léon Bérard.
Comment savoir s'il existe un essai clinique pour ma maladie ?
Les essais autorisés en France sont publiés dans des registres publics, consultables librement. Vous pouvez les interroger en français, avec les centres les plus proches de chez vous, sur notre page essais cliniques. L'entrée dans un essai passe ensuite obligatoirement par un médecin et par l'équipe investigatrice, qui vérifie l'ensemble des critères.
Méthode. Analyse des 7 351 essais déclarant au moins un centre en France et affichant un statut « en recrutement » ou « bientôt ouvert » sur ClinicalTrials.gov, données extraites le 29 juillet 2026 via l'API publique du registre. Les domaines thérapeutiques sont dérivés des termes MeSH attribués par le registre ; 19,6 % des essais n'en portent aucun et ne sont donc comptés dans aucun domaine. Les libellés d'établissements ont été regroupés automatiquement (« CHU Nantes », « CHU de Nantes », « Centre Hospitalier Universitaire de Nantes » comptent pour un). Les séries annuelles portent sur l'ensemble des essais enregistrés avec un centre français, tous statuts confondus. Limite principale : ce décompte ne couvre pas les essais enregistrés uniquement dans le registre européen CTIS sans l'être sur ClinicalTrials.gov ; les volumes académiques européens y sont donc probablement sous-estimés.