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Déserts médicaux : ce que disent vraiment les chiffres, commune par commune

Par Anteos Health · 28 juillet 2026

Il y a deux façons de parler des déserts médicaux. La première consiste à compter les médecins. La seconde, à mesurer ce qu'un habitant peut réellement obtenir. Elles ne racontent pas la même histoire — et la première se trompe plus souvent qu'on ne le croit.

Prenez Boulogne-Billancourt. La commune compte 220 médecins généralistes inscrits et 691 spécialistes, pour 119 000 habitants. Sur le papier, elle est richement dotée. Pourtant, l'indicateur officiel d'accessibilité y vaut 3,12 consultations accessibles par habitant et par an, contre 3,73 en moyenne nationale. Ses habitants ont, en pratique, moins accès à un généraliste que la moyenne des Français.

Cet écart n'a rien d'un paradoxe. Il tient à ce que compte chaque chiffre.

Compter les praticiens ne dit pas grand-chose

Le répertoire national des professionnels de santé recense les praticiens inscrits, tous modes d'exercice confondus : libéraux, salariés, hospitaliers, remplaçants. Une commune qui accueille un hôpital voit son effectif grimper sans que ses habitants obtiennent un rendez-vous plus vite. Un radiologue exerçant sur cinq sites apparaît dans cinq communes. Et un praticien inscrit n'est pas nécessairement un praticien qui prend de nouveaux patients.

C'est pour cette raison que la DREES et l'IRDES ont construit un autre indicateur : l'accessibilité potentielle localisée, ou APL. Il ne compte pas les têtes. Il mesure, pour chaque commune, le volume de soins effectivement accessible à ses habitants — en tenant compte de l'activité réelle de chaque professionnel, du temps de trajet vers les communes voisines, et de la structure d'âge de la population, parce qu'un territoire âgé a besoin de plus de consultations qu'un territoire jeune.

Pour les médecins généralistes, l'APL s'exprime en nombre de consultations accessibles par habitant et par an. En 2024, la moyenne française s'établit à 3,73.

Ce que révèle la carte de France

Nous avons calculé cet indicateur pour les 34 911 communes françaises, outre-mer compris, et cartographié le résultat.

Le premier constat est celui d'un déclin régulier. L'APL moyenne aux généralistes est passée de 4,07 en 2015 à 3,73 en 2024, soit une baisse de 8,4 % en neuf ans. Aucun rebond sur la période : chaque millésime est inférieur au précédent.

Le second constat concerne l'ampleur des écarts. Entre le dixième des communes les moins bien desservies et le dixième les mieux desservies, le rapport est de 1 à 3,2. À un bout, moins de 1,4 consultation accessible par habitant et par an. À l'autre, près de 4,5.

Le troisième constat est le plus contre-intuitif. 38 % des communes françaises passent sous le seuil de 2,5 consultations par habitant et par an — le critère qu'emploient les agences régionales de santé pour délimiter les zones sous-denses. Mais ces communes ne regroupent que 18 % de la population, soit 12,3 millions de personnes.

Autrement dit : le désert médical est d'abord une affaire de superficie, pas d'effectifs. Il couvre une grande partie du territoire et concerne une minorité d'habitants. C'est ce qui le rend politiquement difficile à traiter — et statistiquement facile à sous-estimer selon l'angle choisi.

Toutes les professions ne reculent pas

L'expression « désert médical » masque une réalité contrastée. Sur la même période, les cinq professions pour lesquelles la DREES publie l'indicateur évoluent en sens opposés :

Profession Évolution depuis 2015-2016
Médecins généralistes − 8 %
Chirurgiens-dentistes + 4 %
Infirmiers + 10 %
Masseurs-kinésithérapeutes + 28 %
Sages-femmes + 47 %

L'accès aux soins infirmiers, kinésithérapiques et obstétricaux s'améliore, parfois nettement. Seul l'accès au médecin généraliste recule. La pénurie est ciblée, pas générale.

Ce détail compte pour l'action publique : une maison de santé qui attire des infirmiers et des kinésithérapeutes ne résout pas le problème du généraliste, même si elle améliore le tableau d'ensemble.

L'urgence, l'autre distance

À l'accès quotidien s'ajoute l'accès aux situations aiguës. La France compte 615 structures des urgences autorisées, réparties sur 536 communes. La distance médiane d'une commune au service le plus proche est de 14,7 kilomètres à vol d'oiseau.

Mais 1 814 communes en sont éloignées de plus de 30 kilomètres, soit environ 830 000 personnes. Pour elles, le trajet réel dépasse largement la demi-heure sur laquelle repose l'organisation des secours.

Pourquoi nous avons fait cet outil

Anteos Health conçoit un assistant de préconsultation qui recueille l'anamnèse du patient avant qu'il ne voie son médecin, et restitue au praticien une synthèse structurée. Notre sujet, c'est le temps médical : combien il en reste, et à quoi il sert.

Une consultation de médecine générale dure une quinzaine de minutes. Une part significative sert à reconstituer ce que le patient aurait pu raconter avant. Là où l'APL tombe sous 2,5, ce temps-là n'est pas une commodité — c'est la variable qui détermine combien de patients un cabinet peut absorber.

Nous avons donc voulu regarder les chiffres nous-mêmes, sans arrondi ni approximation.

Comment lire nos données

L'outil s'appuie sur deux sources publiques, et sur rien d'autre :

  • l'APL de la DREES et de l'IRDES, millésime 2024, pour l'accès aux professionnels de santé ;
  • la statistique annuelle des établissements de santé, millésime 2024, pour les services d'urgences autorisés.

Nous n'ajoutons aucune estimation, aucune extrapolation, aucun indicateur composite maison. Quand une donnée n'est pas publiée pour une commune — c'est le cas de Mayotte pour l'APL — nous l'indiquons comme indisponible plutôt que de la reconstituer.

Les effectifs de praticiens par spécialité sont affichés à part, en contexte, avec la mise en garde qui s'impose : ils comptent des inscriptions, pas des rendez-vous accessibles.

Un dernier mot sur les seuils. Le seul qui fasse autorité est celui de 2,5 consultations par habitant et par an, utilisé par les ARS pour le zonage conventionnel. Tout autre seuil relève d'un choix éditorial. Nous n'en employons qu'un second, explicite : la moyenne nationale du millésime en cours, recalculée à chaque publication.


Vous pouvez consulter le score de votre commune et la carte nationale sur notre outil Score Santé. Les données sont issues de sources publiques et gratuites, et l'outil est libre d'accès.

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